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Patrick MORVAN

Professeur Agrégé à l'Université Panthéon-Assas

(Droit social - Criminologie/droit pénal - Théorie générale du droit)

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 17:07

 

LE CHOC DES GENERATIONS ET LE PHENOMENE DES CONVERTIS

 

1. Deuxième génération

 

Le contraste entre les première et deuxième générations d’immigrés est ressorti de façon spectaculaire dans deux des multiples attentats terroristes qui ont endeuillé la France au cours de l’année 2015 et qui ont été revendiqués par l’« État islamiste en Irak et au Levant » (acronyme Daesh, داعش).

 

Le 9 janvier 2015, Amedy Coulibaly, 33 ans, né en France dans une famille malienne de dix enfants, délinquant multirécidiviste incarcéré à deux reprises, converti à l’islam radical et au djihadisme, attaque une superette fréquentée par la clientèle juive (l’Hyper Cacher) où il assasine quatre personnes. Au cours de la prise d’otages, Lassana Bathily, un employé malien de 25 ans (immigré de la 1re génération), aidera plusieurs clients à se cacher dans la chambre froide du magasin avant de s’échapper et de livrer des informations précieuses à la police (la BRI) qui finira par lancer un assaut libérateur. Baptisé « le héros de l'Hyper Cacher », Lassana Bathily sera naturalisé français quelques jours plus tard sur décision du président de la République.

 

L’attentat de l’Hyper Cacher s’est produit deux jours après la fusillade perpétrée dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo par les frères Saïd et Cherif Kouachi, faisant 12 morts au total. Le curriculum vitæ des frères Kouachi, immigrés de la deuxième génération, présente le même parcours de vie : nés en France de parents algériens, dans une fratrie de cinq enfants, devenus rapidement orphelins de père et de mère, ils ont versé dans la délinquance dès leur majorité et se sont convertis à l’idéologie salafiste terroriste.

 

Le 13 novembre 2015, trois équipes d’au moins huit kamikazes ont tué 130 personnes (le pire tribut payé par la France au terrorisme depuis la Seconde guerre mondiale) à la terrasse de cafés de l’Est parisien (40 morts) et dans la salle de concert du Bataclan (90 morts). Les terroristes identifiés étaient tous d’origine maghrébine nés en France ou en Belgique, des immigrés de la 2e génération. Un homme parvint à sauver des dizaines de vie : le responsable des « videurs » du Bataclan, surnommé « Didi », qui fit évacuer un grand nombre de spectateurs au péril de sa vie. Né en Algérie, arrivé en France à l’âge de six mois, il déclara ensuite n’avoir n’avait jamais songé à demander la nationalité française, « se sentant français, même sans les papiers »[1].

 

Bien entendu, si les organisations terroristes islamistes recrutent leurs hommes de main parmi les enfants d’immigrés les plus fragiles socialement et psychologiquement, prompts à abhorrer leur pays (voir la 1re partie de cet article), seule une infime minorité de ces jeunes cède aux mirages du djihadisme. Parmi les victimes du 13 novembre 2015, il y avait aussi des Maghrébins.

 

2. Convertis

 

Par ailleurs, on recense dans les rangs des djihadistes de nombreux « convertis », c’est-à-dire des Français de souche, sans attachement antérieur à la communauté et à la religion musulmanes, qui ont néanmoins décidé d’embrasser cette doctrine islamiste mortifère qu’on appelle le salafisme-takfirisme. Les convertis sont redoutés par les Musulmans orthodoxes, y compris les plus religieux : leur origine chrétienne ou athée les incite à faire preuve de zèle et leurs attitudes ostentatoires attirent ensuite le discrédit sur toute la communauté musulmane.

 

Les Français convertis n’ont rien en commun avec les descendants d’immigrés. Ils ne sont pas, par définition, au cœur d’un conflit de cultures ni victimes d’une mauvaise intégration à la société française. Au surplus, la religion leur importe peu (encore moins celle de leurs parents) : ils s’en moquaient auparavant et, après leur conversion radicale, ils ne montrent aucun empressement à lire le Coran.

 

Ils sont avant tout aimantés par une idéologie haineuse légitimant la violence contre autrui. En d’autres temps, leur choix se serait porté sur un anarchisme d’extrême-gauche ou sur un racisme d’extrême-droite. Question de mode.

 

Fin novembre 2015, le « FSPRT »[2] (fichier anti-djihadiste créé par un décret non publié car classé secret-défense) recensait plus de 12000 islamistes radicalisés ainsi répartis :

- environ 7000 individus présentant un faible risque terroriste, qui ont employé le discours djihadiste de façon ponctuelle pour exprimer un malaise personnel ou un problème socio-éducatif (chômage, conflit entre un adolescent et ses parents, agression sexuelle subie par une femme qui envisage de prendre le voile et partir en Syrie…). Cette cohorte d’individus, soumis à une surveillance légère et qu’un entretien avec un fonctionnaire suffit à remettre dans le droit chemin, comptait plus d'un tiers de convertis ;

- environ 5000 individus dont les velléités et les attitudes (par ex., un entraînement collectif de type militaire) sont plus préoccupantes. Cette cohorte, qui fait l’objet d’une surveillance par plusieurs services du Renseignement, compte « seulement » un quart de convertis.

 

Patrick Morvan

Professeur à l'université Panthéon-Assas

Co-directeur du Master 2 de criminologie

 

[1] Le Monde 17 nov. 2015

[2] Fichier de traitement des Signalés pour la Prévention et la Radicalisation à caractère Terroriste.

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Published by Patrick Morvan