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Patrick MORVAN

Professeur Agrégé à l'Université Panthéon-Assas

(Droit social - Criminologie/droit pénal - Théorie générale du droit)

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 17:06

 

Le trouble de stress post-traumatique

chez les professionnels intervenus

au cours des attentats du 13 novembre 2015

 

Une recherche française (Journal of Psychiatric Research, 2020) vient de paraître sur le trouble de stress post-traumatique (TSPT/PTSD) total ou partiel touchant les professionnels intervenus immédiatement (first responders) lors des attentats du 13 novembre 2015 à Paris (au Bataclan, sur les terrasses de cafés-restaurants et à Saint-Denis). L’étude porte sur un échantillon de 663 pompiers, policiers, personnels médicaux et volontaires de la protection civile (dont 38 % de femmes).

Le TSPT et le TSPT partiel ont été mesurés chez ces personnes entre huit et douze mois après les attentats, au moyen d’un outil nommé PCL-5 qui s’appuie sur les critères de la classification des troubles mentaux établie par l’American Psychiatric Association : le DSM-5.

Les policiers sont ceux qui souffrent le plus de TSPT et de TSPT partiel. La prévalence du TSPT est de 9,5 % dans cette profession contre 3,4 % chez les pompiers (le seuil le plus bas). Elle atteint même 23,2 % pour le TSPT partiel.

À titre de comparaison, après l’attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001, les policiers étaient la profession la moins touchée (6,2 %, taux mesuré de deux à trois ans après l’attaque) et les pompiers la plus affectée (12,2 %). Certes, la méthodologie suivie dans les études américaines était différente. Mais, en France, les policiers ont continué à être fortement mobilisés en 2016 en raison de la poursuite des attentats.

D’une manière générale, après les attentats du 13 novembre, toutes les professions intervenantes ont affiché une plus forte proportion de TSPT partiel qu’après les attentats du 11 septembre 2001 à New York ou le massacre commis en juillet 2011 par Anders Breivik sur l’île d’Utøya en Norvège. Il s’avère, en effet, que le traumatisme provoqué est d’autant plus vif que les intervenants ont été exposés, de façon intense, à des scènes horrifiantes et une violence en cours de déchaînement. À cet égard, les professionnels intervenus immédiatement le 13 novembre, au plus près du Bataclan et sur les terrasses dévastées, ont encaissé cette réalité de plein fouet. Selon une donnée éloquente, 88,6 % des personnes intervenues dans le feu de l’action ont vu des morts et 91,1 % ont touché un corps décédé ou blessé.

Les facteurs prédisposant au TSPT et/ou seulement au TSPT partiel sont : - un niveau moyen d’éducation (diplômé mais du bac au maximum) ; - l’isolement social (de sa famille, de ses amis…) et l’existence de difficultés personnelles ; - le fait d’avoir été exposé au danger encore présent sur la scène de crime (unsecured crime scene) ; - le manque de préparation ou de formation aux risques psychologiques inhérents à ce genre d’intervention traumatisante ; - une précédente intervention au cours des attentats de janvier 2015 ; - la consommation antérieure d’anti-dépresseurs.

L’âge et le sexe n’ont pas d’incidence significative.

Source : Y. Motreff, T. Baubet e. a., Factors associated with PTSD and partial PTSD among first responders following the Paris terror attacks in November 2015 : Journal of Psychiatric Research 121 (2020), 143-150.

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0022395619310453

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