Conseils à un étudiant de L3 pour franchir la sélection en Master
CONSEILS A UN ETUDIANT EN 3e ANNEE DE LICENCE DE DROIT
RISQUANT DE N'AVOIR AUCUN MASTER :
UNE PETITE ENQUETE SUR LE VIF
Contexte. - La sélection à l’entrée en Master 1 prive des centaines voire des milliers d’étudiants en droit de la possibilité de poursuivre leurs études après l’obtention d’une licence. L’article L. 612-6 du Code de l’éducation et un décret du 19 mai 2021 (C. éducation, art. R. 612-36-3) permettent aux étudiants dont les candidatures (au moins 5) ont été rejetées de saisir le recteur d’académie (via le site https://saisine.monmaster.gouv.fr/#/) afin que celui-ci leur adresse « au moins trois propositions d’admission » dans un Master. Le dispositif a d'abord été un échec, pour de multiples raisons décrites dans le rapport du HCERES rédigé par ma collègue le professeur M.-L. Coquelet (https://www.hceres.fr/fr/actualites/trouvermonmastergouvfr-un-dispositif-daccompagnement-la-poursuite-detudes-appele-evoluer).
A ma très modeste échelle, je me suis demandé ce que devenaient les étudiants de 3e année de Licence qui n’obtenaient aucun Master. Gageons que le ministère n’effectuera aucune étude sur le sujet avant longtemps. Le devenir des étudiants en droit après leurs études n’a jamais été analysé de façon précise, notamment quant à la nature des professions qu’ils exercent (les études statistiques mettent en avant un excellent taux d’insertion dans un emploi stable dans les deux années suivant la fin de leurs études mais sans préciser s’ils exercent un métier juridique !).
J’ai donc eu l’idée de poser la question à un échantillon d’étudiants de l’université Panthéon-Assas : ceux auxquels je faisais passer des oraux de rattrapage (en droit du travail) à la 2e session de septembre 2022. L’échantillon est modeste et n’englobe que des étudiants de Panthéon-Assas mais il est déjà instructif et je renouvellerai l’exercice chaque année. Voici les résultats.
Un petit sondage. - J’ai demandé à 21 étudiants (ajournés à la 1re session de L3 et passant la 2e session en septembre 2022) : « qu’allez-vous faire cette année ? ».
Près de 50 % (10 sur 21) avaient une solution. L’autre moitié me répondit en substance : « je vais valider ma L3 et je ferai des stages » ou « je vais redoubler ma L3 (pour les matières non validées) puis je recandidaterai l’année prochaine en Master ». Bref, la moitié de ces étudiants de L3 ajournés à la 1re session n’avait été acceptée dans aucun Master. Je ne sais pas, en revanche, quel pourcentage d'étudiants admis à la 1re session ont été acceptés dans un Master (sans doute plus de la moitié puisque leurs dossiers sont nécessairement meilleurs que ceux des étudiants ajournés que j'ai rencontrés).
La relative bonne nouvelle vient de ce que près de 50 % des étudiants passant la 2e session allaient effectivement poursuivre leurs études après leur L3. Grosso modo, ils se répartissaient en quatre quarts :
- un quart avait obtenu un Master « qui a le mérite d’exister », c'est-à-dire non professionnalisant (sans beaucoup de débouchés) et peu sélectif, un Master qui (je le présume) reçoit peu de candidatures : Master d’anthropologie juridique, de communication/sociologie juridique, d’histoire du droit, de droit du patrimoine culturel… Mais c'est toujours mieux que rien et un tel Master permettra de passer des concours réservés au niveau Master.
- un quart avait obtenu un Master que je qualifierai de « bon plan », à savoir un Master de niche, porteur professionnellement mais très peu connu des étudiants et donc recevant peu de candidatures, comme le Master « défense et dynamiques industrielles » (à Panthéon-Assas, avec apprentissage dès le M1 dans l’industrie). J’ajouterai volontiers les suggestions de « bons plans » suivantes : Master de droit de l’agriculture et des filières agricoles (Paris 1), Master de droit sanitaire et social (Panthéon-Assas)… Autre exemple : une étudiante était acceptée dans un Master de droit privé « parcours responsabilité civile – risques et innovation » (univ. Le Mans) qui peut être intéressant (ou pas).
- plus surprenant, un quart de ces étudiants qui avaient une solution avaient été admis dans un Master sélectif (de droit de la propriété intellectuelle, droit du numérique, droit international privé, par exemple). C'est surprenant. Je suppose que leur parcours était de bon niveau jusqu’en L3 où ils avaient connu une chute de régime ou un accident (problème de santé) qui ne les a pas empêchés d’être admis dans un Master plutôt difficile d'accès.
- un quart avait trouvé une solution alternative aux Masters de droit : admission à l’EM Lyon (n'oublions pas que chaque école de commerce accepte des étudiants de Licence sur dossier et entretien ou concours), entrée à l’INFN (l’école du notariat, pour devenir clerc de notaire et éventuellement recandidater par la suite dans un Master notarial), admission dans un Master d’une université étrangère (ici, un Master de relations internationales à Madrid).
Leçons à retenir. - En conclusion, il est intéressant de noter que la moitié des étudiants (à qui j'ai parlé) dont on pouvait craindre que leurs études prennent fin au terme de leur L3, compte tenu de la loi impitoyable de la sélection en Master 1, avaient réussi à trouver une solution et à éviter une impasse ou un redoublement.
Notons toutefois que 11 des 32 étudiants convoqués à mon oral ne se sont pas présentés (une évaporation habituelle à la 2e session dans les universités) : ils ont donc renoncé à valider leur L3, ce qui signifie qu’ils ne feront pas de Master l’année prochaine et, très certainement, qu’ils n’avaient été acceptés dans aucun Master en juillet. Mais, dans mon premier groupe, 10 des 16 étudiants convoqués ne se sont pas présentés alors que, dans le second groupe, 15 des 16 étudiants convoqués se sont présentés. Devant l’étrangeté de cette répartition, je n’ai pas tenu compte, dans mes petites statistiques, de ces absents dont je ne sais rien.
Comme toujours depuis une quinzaine d’années, j’incite les étudiants en droit, dès la première année, à se renseigner sur toutes les orientations possibles (y compris en dehors des Masters de droit) et, bien entendu, à obtenir les meilleurs résultats possibles au cours de leurs trois années de Licence. Bien des étudiants s'en sortent remarquablement malgré un parcours modeste car ils se sont bien renseignés et ont été actifs dans leurs choix. A l'inverse, beaucoup d'étudiants paraissent à la dérive, ignorants tout des diplômes et débouchés possibles. J'ai fortement insisté, dans l'article classique de mon blog sur l'orientation, sur la nécessité absolue d'être acteur de sa vie et ne pas se laisser vivre.
J’ai pu vérifier également que « la chance sourit aux audacieux » et que « qui ne tente rien n’a rien ». Il m’a souvent été rapporté que des étudiants refusés n’ont pas hésité à se manifester auprès des directeurs de Master 2 (qui effectuent la sélection à l’entrée en M1) en juillet et/ou septembre afin de renouveler leur motivation. A cette période, certains directeurs sont confrontés à des désistements qui les agacent et les plongent dans l’embarras pour boucler leur promotion. Ils peuvent alors réexaminer un dossier et délivrer le sésame à un étudiant persévérant, surtout lorsque cet étudiant appartient à l'université ou lorsqu'il s'engage fermement à y venir. J’ai moi-même reçu bien des mails de ce type et subi quelques désistements mais il m’a suffi alors de puiser dans ma liste d’attente. Au contraire, certains Masters 1-Masters 2 (y compris de droit des affaires, de droit social, etc.) subissent une vague de désistements telle que la liste d’attente est elle-même épuisée à la rentrée de septembre. Il peut alors être fructueux de se rappeler à la mémoire du directeur du Master 2.
Votre témoignage m'intéresse : n'hésitez pas à l'exprimer dans les commentaires.