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Patrick MORVAN

Professeur Agrégé à l'Université Panthéon-Assas

(Droit social - Criminologie/droit pénal - Théorie générale du droit)

Vous trouverez :
- des articles à lire ici-même
- les listes de mes publications (ouvrages,  articles, notes)
- des documents pour étudiants en droit

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patrick.morvan(at)yahoo.fr

 

2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 18:49


CONSEILS A UN ETUDIANT EN DROIT
QUI SE PREOCCUPE DE SON AVENIR

[Cet article est à l'honneur dans Le Monde.fr : link]

 

Quelques mots polémiques et périphériques à notre sujet (les âmes sensibles peuvent passer cette introduction).

 

Il est une raison d’être optimiste sur votre avenir : étudiant en droit, vous avez élu domicile dans une filière qui offre des débouchés professionnels. Toutefois, il est plus d'une ombre au tableau. Votre cursus se déroule à l’université, terre d’accueil de plus de 1 300 000 étudiants (dont plus de 200.000 en droit) qui 
-       sont sélectionnés de façon égalitariste et donc injuste (faute d'orientation et de sélection après le bac, l’origine sociale est, de fait, prépondérante) au travers des échecs successifs que la grande majorité d’entre eux subit entre la première et la quatrième années
-       sont victimes d’un encadrement méthodologique minimaliste et de moyens de fonctionnement aussi faméliques que la masse d’étudiants est considérable ;
-         suscitent généralement l’indifférence sereine d’un corps d’enseignants statufiés dans le statut de la fonction publique, à l’abri de toute évaluation de leur activité scientifique et de leurs compétences pédagogiques. À l’université, officiellement, chacun est évalué par ses pairs… Mais, l’auto-congratulation est une pratique rituelle et nul n’a jamais songé à critiquer ouvertement ou sanctionner l’armée des enseignants-chercheurs en sommeil depuis leur entrée en fonctions. La guérilla des plus dynamiques aboutira peut-être à une réforme des règles et (plus difficile) des mentalités mais il ne faut pas s’y attendre avant une ou deux décennies. L'opinion publique a pu admirer, au début de l'année 2009, le conservatisme et l'individualisme des esprits lors de la révolte des universitaires contre le projet de décret Pécresse qui visait à augmenter le nombre d'heures de cours des non-publiants (actuellement 128 h par an actuellement, soit 5-6 heures par semaine sur la moitié de l'année, ce qui laisse beaucoup de temps à l'oisiveté). L'argument favori des révoltés de l'enseignement supérieur  était brillant : "m'évaluer serait porter atteinte à mon indépendance qui féconde ma recherche"... Malheureusement, des "bras cassés" garnissent aujourd'hui les rangs de l'enseignement dit "supérieur" qui ne cherchent rien ni ne publient, qui délivrent, le cas échéant, un enseignement médiocre (une facette usuelle du chercheur inerte) et emploient toute leur énergie à ruminer l'amertume de n'être pas reconnus à leur juste "valeur" (d'autant plus éclatante que ces membres de l'élite doivent fréquemment leur sinécure de fonctionnaire à vie au localisme universitaire et à de surprenants traficotages des postes à attribuer, entre amis).
Parvenu(e) en Master 1, vous êtes donc un(e) survivant(e). Sans cynisme, il faut s’en réjouir avant de s’angoisser de l’avenir qui ne demande qu’à vous sourire.
Il est cependant des raisons de vous prendre en main, d’organiser votre (vos) future(s) année(s) universitaire(s) et d’esquisser votre projet professionnel dès maintenant :
-         vous êtes encore nombreux ;
-         votre formation est éloignée de certaines exigences du milieu professionnel et sévèrement concurrencée par d’autres ;
-         d’innombrables Master 2 s’offrent à vous en France qui ne sont que des chimères désireuses de présenter un visage séduisant afin de repeupler les bancs d’universités désertes (songez à ces nombreux DEUG délocalisés devenus un jour Faculté de droit d’une université autonome par la grâce d’un coup de fil d’un député-maire au ministère de l’Éducation nationale qui, parallèlement à ce localisme, appelle à la création de « pôles d’excellence » et d’universités de dimension internationale…).
La France compte 75 universités et 62 comprennent une Faculté de droit ! Mes collègues de petites Facultés n’enseignent parfois qu’à deux ou trois dizaines d’étudiants… en 3e année de licence. J’ai moi-même eu le privilège de donner deux heures de cours hebdomadaire (un service de professeur ou de maître de conférences d’université compte 128 heures par an, soit 5 à 6 heures par semaine) à trois étudiants d’un séminaire de DEA d’une grande université régionale qui ne possédaient pas les connaissances de première année. J’ai eu, cette année là, le sentiment de toucher le fond (je volais l'Etat) et appris que ce sentiment était partagé par de nombreux collègues, en droit privé comme en droit public.

Quels sont les résultats produits par ce système ?

 

Selon l’APEC, en 2007, 67 % seulement des étudiants en droit étaient en poste un an après l'obtention de leur diplôme quand ils étaient 77 % toutes filières confondues ; 49 % étaient en CDI contre 62 % pour l'ensemble des jeunes diplômés. Ils sont aussi moins bien payés (la moitié des juristes a un salaire inférieur à 24 600 € contre une moyenne de 27 300 € toutes filières confondues). L'enquête annuelle du ministère de l'Education nationale sur l'insertion professionnelle des diplômés (pour les diplômés 2012 : http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/pid24624/insertion-professionnelle-des-diplomes-2012-de-l-universite.html) indique que 86 % des étudiants sortis d'un Master juridique ont un emploi au bout de 18 mois mais 59 % seulement ont un emploi stable (en CDI ou fonctionnaire, les autres multipliant les stages puis les CDD). Surtout, seuls 22 % trouvent un emploi dans le champ du droit (70 % poursuivant des études dans un autre domaine) !

 

Le constat fait par la Cour des comptes (en septembre 2012) au sujet des formations en droit est éloquent : alors que les professions juridiques représentent de 100 000 à 145 000 personnes (chiffres INSEE), près de 20 700 masters et 800 doctorats sont délivrés chaque année.

 

Les bons chiffres de l'insertion professionnelle des diplômés en droit (les enquêtes évoquent un taux fantastique de 95 % à ) dissimulent une réalité : les étudiants vont chercher du travail au-delà du droit, y compris dans des fonctions d'employés (sans le statut de cadre salarié ni de profession libérale).

 

En somme, vous avez une chance sur deux que le droit soit votre métier en fin de Master 1 et, si tel est le cas, trois chances sur quatre d'être un simple employé que l'ennui guettera rapidement.

 

Vous devez donc suivre la bonne voie. Quels conseils prodiguer ? Abandonnons le terrain de la polémique (dont vous n’avez peut-être cure bien que vous soyez au centre de celle-ci) et soyons très pragmatique.

 

1°) En première approche, consultez et fouinez tous azimuths dans le portail officiel des étudiants : www.etudiant.gouv.fr.

Tapez aussi « Erasmus plus » sur votre moteur de recherche pour accéder au site de ces programmes universitaires.

Voyez aussi le portail des masters en Europe : www.mastersportal.eu

Pour effectuer un LLM dans le monde et notamment aux Etats-Unis, plusieurs sites sont à voir : http://www.llm-guide.com (guide des LLM), http://lsac.org (l'organisme centralisant les candidatures aux USA), http://fundingusstudy.org et http://www.fulbright-france.org/gene/main.php (sur les bourses d'études aux USA).

Pour effectuer un service civique et acquérir ainsi une expérience à l'étranger : www.service-civique.gouv.fr

Notez qu’une année hors de France se prépare une année entière avant le début des cours dans l’université étrangère ! Passez le TOEFL (qui est valable 2 ans) à l'avance dès la L3 peut s'avérer très judicieux.

Seuls 3 % des étudiants en droit ont une expérience étrangère, contre 100 % des étudiants de certains instituts ou écoles qui concurrencent (on comprend pourquoi) les Facultés de droit.

 

2°) Les étudiants en droit sont assez bien armés pour passer les concours administratifs. Si celui de l'Ecole nationale de la magistrature est très sélectif (bien que le nombre de places ait fortement augmenté), songez à tous les autres concours du ministère de la Justice (http://www.metiers.justice.gouv.fr), du ministère de l'Intérieur (http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_votre_service/metiers_et_concours), etc.. C'est notamment une issue possible pour les étudiants passionnés de matières... passionnantes mais sans beaucoup de débouchés dans le secteur privé (droit pénal, criminologie...). Sans compter les concours plus connus (Impôts, Inspection du travail...).

 

3°) En tout état de cause, vous devez apprendre suffisamment l’anglais et surmonter un blocage psychologique qui handicape de façon considérable les étudiants en droit.

Ne vous bercez pas d’illusions sur la valeur d’un « niveau baccalauréat » à peine dépoussiéré par les maigres cours en Faculté de droit.

Les étudiants que nous recevons en entretien de recrutement dans un Master 2 professionnel à Paris 2 sont tous assez convaincus qu’ils se « débrouillent » en anglais : ils disent regarder les films ou séries TV en version originale et comprendre presque sans lire les sous-titres, ou bien évoquent quelques voyages touristiques à l’étranger ! C’est une grave erreur d’appréciation : comprendre (un peu) signifie que vous disposez d’un vocabulaire passif correct, non que vous êtes capable de mobiliser un vocabulaire actif et de forger des phrases pour exprimer une idée quelconque, avec fluidité. S’il tente l’expérience de converser avec un anglophone, l’étudiant de « niveau bac » s’apercevra qu’il est littéralement « scotché » au début de sa phrase et, d’ailleurs, qu’il comprend très mal son interlocuteur ; et ne parlons pas d’un entretien au téléphone, en situation de tension psychologique.

Quel est le remède ?

D’abord, il faut, le plus tôt possible, améliorer ses capacités linguistiques : au travers de cours payants et d’un travail personnel régulier ; pour les moins fortunés (ou tout le monde), dans le laboratoire de langues de votre université ou au travers de conversations gratuites avec un étudiant anglophone lui-même désireux d’apprendre le français (passez des annonces, par exemple à l’Alliance française ou au CROUS, et faites des rencontres). Le but premier est d’acquérir de la fluidité. Les cadres en entreprise se débrouillent avec 500 mots (le « globish »…) mais leurs compétences linguistiques sont jugées excellentes s’ils parviennent à exprimer toute idée et à comprendre leur interlocuteur américain au téléphone.

Ensuite, au cours de cette année (vers le mois d’avril, environ), vous devrez pouvoir attester sur votre CV de votre niveau, même s’il est modeste :

-         soit en passant un diplôme : un des trois Certificates (anglais général) ou le ILEC (anglais juridique) de Cambridge (http://www.cambridgeesol.fr), voire le DCL (Diplôme de Compétence en Langue de l'Education nationale : http://www.d-c-l.net) ;

-         soit en passant un test qui vous donne un score : le TOEIC (http://www.fr.toeic.eu, sur 990 points) ou le TOEFL (http://www.fr.toefl.eu). Ne complexez pas inutilement : avec un niveau moyen, vous pouvez obtenir 700 points au TOEIC et le contrat sera rempli. En 2009, le score moyen du TOEIC était de 748 en France d'une manière générale (contre 785 en Allemagne, 711 en Espagne...), mais le score moyen dans les universités n'était que de 709 (contre 770 dans les écoles de commerce et 791 dans les grandes écoles, grâce aux séjours obligatoires à l'étranger). Notez que le TOEFL est plus difficile et plus révélateur du niveau de compréhension (il pourra être exigé par des universités étrangères avec un score élevé de 90 ou 100 sur 120). Notez enfin qu'il est possible de s'inscrire au TOEIC sur internet le matin, le passer l'après-midi et avoir les résultats presque aussitôt (sous 15 jours mais un étudiant m'a dit les avoir eus le lendemain !) : prétendre qu' "on a pas eu le temps cette année" révèle une inertie et une mauvaise foi coupables... En revanche, il faut s'y prendre bien à l'avance pour s'inscrire au TOEFL.

Si vous ne faites rien ? C’est simple : adieu les (bons) Master 2 et, surtout, adieu les offres d’emplois au sortir de vos études (elles seront pour ceux qui ont suivi ces conseils, pas pour vous). On ne vous demandera presque jamais d’être bilingue. La tâche n’est pas insurmontable mais réclame un travail régulier qui doit commencer tout de suite.

 

4°) Le concept de "ligne de flottaison" est essentiel à comprendre afin d'évaluer correctement vos chances d'accéder à un Master 2 sélectif.

 

Un étudiant titulaire d'un Master 1 qui a navigué depuis sa 1re année entre 10 et 11,5/20 de moyenne est à la limite de la ligne de flottaison. Un redoublement, un ou deux passages à la seconde session le font glisser sous cette ligne. Une lente progression des notes qui le conduit à 12 ou plus en Master 1 le fait remonter au-dessus de cette ligne (un mauvais résultat en L1 voire en L2 peut être racheté en L3 et M1). Etre juste en dessous de la ligne de flottaison signifie que vous êtes noyé dans la masse : de très nombreux dossiers ressemblent au vôtre de sorte que le directeur du Master 2 ne le retiendra pas, à moins que votre dossier comporte quelques traits originaux qui le distinguent.

Si vous naviguez au-dessus de 11,5 et surtout 12 de moyenne, vous êtes dans un cercle plus restreint, au-dessus ou très au-dessus de la ligne de flottaison. Mais, si vous naviguez dans la zone dangereuse, vous devez apporter de l'originalité à votre dossier. Voici quelques idées appréciées qui ne demandent pas des efforts insurmontables : activités associatives ou sportives, participation à un concours d'éloquence (Lysias, etc.) organisé dans votre université, hobbys originaux...

 

Notez aussi qu’une année un peu creuse, consacrée au redoublement d’un Master 1 ou au suivi d’un second Master 1 après avoir essuyé une première fois des refus dans tous les Master 2 (une situation fréquente dont vous trouverez plusieurs témoignages dans les commentaires de cet article), peut être valorisée intelligemment en accomplissant un stage professionnel et en suivant parallèlement des cours d’anglais ou en effectuant un séjour à l’étranger. Vous pourrez ainsi re-présenter le ou les Master 2 convoités avec un profil nouveau et plus appréciable. Ces efforts et cette remise en cause souligneront aussi votre maturité et votre volonté.

 

Enfin, donnez de la consistance, de la maturité à votre profil. Pour cela, abonnez-vous très tôt à une revue juridique générale (dès la 1re année si possible) puis à une revue un peu spécialisée (en droit des affaires, droit social, droit public, etc.) à compter de la 3e année. Par la suite, prenez l'habitude - d'un professionnel digne de ce nom - de lire des revues dans leur version papier. Lors des entretiens de sélection en Master 2, je suis frappé par l'inculture des étudiants qui, après 4 années de droit, sont incapables de citer trois revues juridiques qu'ils ont tenues dans leurs mains ! Ils ont vécu dans l'illusion qu'ils disposaient d'une documentation infinie et donc d'une connaissance encyclopédique grâce aux bases de données auxquelles les ENT des universités donnent accès. C'est une pure illusion : face à un océan (un brouillard) de milliers d'arrêts et d'articles de doctrine, vous ne savez rien si ce n'est aller chercher la référence que votre professeur vous a donnée. Il faut lire, lire et lire encore et essentiellement des revues que vous recevez physiquement dans votre boîte aux lettres. Ne cédez pas à l'illusion du numérique. Il sera bien utile mais plus tard, lorsque votre formation sera consolidée par l'expérience professionnelle. Imitez les professeurs consciencieux : ils ont une pile de revues sur leur bureau. Lire ainsi, c'est un enrichissement véritable et un vrai plaisir. Est-ce que cela coûte cher ? Environ 12 euros par mois au tarif étudiant pour les principales revues (LexisNexis, Dalloz...). Alors, pas d'excuse. Et vous ferez incroyablement la différence en fin de Master 1, même avec une moyenne modeste.

 

5°) Vous devez identifier les disciplines juridiques pourvoyeuses d’emplois sur les sites d’offres d’emplois de juristes, tels que recrulex.com, village-justice.com, uja.asso.fr, afje.org…, ainsi que dans les rubriques emplois de la presse papier.

Le test est imparable. Vous verrez apparaître des disciplines dont le succès est bien connu mais aussi des spécialités (des "niches") inattendues, et pour cause : l’université n’enseigne pas toujours ces matières avant la 5e année, et généralement même ne les enseigne jamais. Exemples : le droit de la protection sociale d’entreprise ou le droit du financement, ouvrent des boulevards ; à l'intérieur du droit du travail, le droit de l'épargne salariale et des rémunérations ou le droit de la formation professionnelle sont des matières énormes sans quasiment aucun vrai juriste spécialiste !

Dites-vous, ce qui est à peine exagéré, que les matières juridiques porteuses professionnellement ne sont pas enseignées à l'université : vous ne connaissez donc pas leur existence, a priori.Votre formation a été faite (et souvent bien faite) avec des matières académiques (un peu comme le latin au lycée). Vous devez donc bien vous renseigner avant de rêver d'une spécialisation dans l'une des matières enseignées à la faculté. Cela peut se révéler dangereux car trop d'étudiants font les mêmes rêves et cela crée saturations et embouteillages (exemple : il y a tellement d'étudiants qui rêvent de faire du droit de la propriété intellectuelle, du dip, du droit médical, du droit processuel ou du droit des personnes... des matières très académiques peu pratiquées qui attirent des centaines d'étudiants chaque année, qu'ils n'ont presque aucune chance d'en vivre).

De nouveaux métiers du droit naissent, au fil des évolutions législatives dans le monde, sans que les facultés proposent un diplôme qui y prépare : contract manager, compliance officer (juriste conformité), data protection manager... Là est l'avenir. Mais on ne vous en parlera jamais à l'université. Acquérir une formation relativement généraliste est important car nombre de métiers juridiques qui recruteront dans dix ans n'existent pas encore.

À l’inverse, vous démasquerez par ce biais les diplômes et les matières anecdotiques ainsi que les maquettes de Master 2 qui vous promettent monts et merveilles (des débouchés dans les cabinets d’avocats, les entreprises, la fonction publique, etc., selon la liste habituelle et purement formelle). En réalité, pour les raisons sus-décrites qui tiennent à la faible implication des enseignants dans l’avenir de leurs étudiants et l’absence de moyens administratifs, rares sont les directeurs de Master 2 qui se préoccupent du devenir de leurs promotions et disposent de statistiques à ce sujet. Les débouchés sont purement théoriques (par exemple : la magistrature pour un Master 2 de droit processuel ou de droit pénitentiaire ; ce n’est pas un Master 2 qui ouvre les portes de cette profession mais le redoutable concours de l’ENM qu’aucun titulaire de ce Master 2 n’a sans doute jamais réussi, sauf à avoir obtenu un autre Master 2 plus général et être très bon étudiant par ailleurs).

Vous rêvez de droit humanitaire,  de défendre les droits des enfants, du droit de la culture ou des arts, de droit du sport, etc. ? Redescendez sur terre. Aucun diplôme ne vous conduira vers une carrière dans ces domaines mais vous trouverez bien des universités qui vous le promettent.
 

6°) Dans cette ligne, vous devez choisir votre futur Master 2.

Votre projet professionnel doit être cohérent. L'hésitation est permise en début d'année, ce qui justifie que vous suiviez un Master 1 en droit privé ou public général, sans mention particulière (surtout pas, par exemple, la mention ou le parcours notarial). Pour ne pas essuyer plus tard le reproche de vous être désintéressé d'une spécialité, prenez la matière à l'oral. En tout état de cause, votre choix devra se cristalliser au printemps : vous devrez privilégier une branche du droit et demander des Master 2 similaires (au moins, ne révélez pas que vous candidater dans un M2 de droit médical, un M2 de droit social et un M2 de droit rural : c'est incohérent).

 

Il faut éviter les diplômes « bidons », sans débouchés ni étudiants, créés à l’origine pour le seul bon plaisir d’un enseignant qui trouva confortable de réaliser tout son service dans un DEA ou un DESS confidentiel (ou, plus simplement, qui crut par naïveté attirer la France entière sur un créneau très étroit et peu porteur).

Ici réside sans doute l’un des plus grands scandales : l’offre de DEA et de DESS est, de longue date, pléthorique ; pourtant, tous ou presque ont été maintenus sous le label Master 2 Professionnel ou Recherche.
Si j’osais, je citerais en exemple ce Master 2 Professionnel de juriste européen d’une Faculté de droit d’une certaine importance qui a reçu en 2007… 15 candidatures. Bien que la matière ne soit pas fantaisiste (ce n’est pas un Master 2 en Informatique juridique, en théorie du droit, en droit douanier, en droit des zones côtières [ça existe !!!]…), il n’est pas difficile d’imaginer la valeur d’un tel diplôme. Leurs directeurs se mettraient à genoux pour vous convaincre de venir, non parce que votre avenir leur importe mais parce qu’ils craignent de perdre leur habilitation ministérielle (remise en jeu tous les quatre ans) et de devoir retourner faire cours en années de licence (là où ils ne peuvent regrouper tous les cours sur quelques journées de l'année et même en annuler quelques-uns discrètement, comme cela est possible dans un M2 que l'on s'est taillé sur mesure).

À terme, la politique d’évaluation des laboratoires de recherche et des diplômes lancée par le ministère devrait aboutir à la suppression ou la fusion de ces Masters fantômes qui pullulent, avec un peu de chance.

Pour l’heure, comment vous repérer dans ce maquis ? Voici ce qu'un étudiant a nommé un jour avec humour, après avoir mis en oeuvre les conseils qui suivent, le "faisceau d'indices Morvan" ...


A part les guides spécialisés des 3e cycles (ex. : Lamy), consultez un classement rigoureux, notamment celui de SMBG (www.smbg.fr et plus précisément www.meilleurs-masters.com/#). La presse généraliste propose périodiquement des classements, qu’il faut parfois prendre avec des pincettes (un DESS sur le droit des organisations humanitaires s’était retrouvé très bien classé alors que ses débouchés sont manifestement limitées ; les journalistes se font aussi abuser).

Ensuite, consultez les rapports de la HCERES (ancienne AERES. www.hceres.fr) : dans chaque université, chaque école doctorale (une entité révélatrice de la vitalité d'une université), chaque licence et surtout chaque master (globalement, pas les M2 individuellement hélas) a été évalué par cette autorité administrative indépendante qui ne triche pas, même si les critiques sont souvent feutrées. En parcourant le dossier d'une université, dans la discipline du droit (cf. rubrique sciences humaines et sociales), et en lisant un peu entre les lignes..., on se fait une idée de la qualité ou de la médiocrité de ses formations, et aussi du degré d'investissement de ses enseignants (un indice : lorsque l'AERES déplore que le dossier a été mal rempli ou avec mauvaise grâce, cela trahit l'isolationnisme et l'endogamie qui règnent dans l'université en cause où l'on apprécie pas du tout ces experts qui viennent évaluer les diplômes en fourrant leur nez partout alors qu'"on était si bien dans notre coin à bricoler nos petites affaires").


D’une manière générale, appliquez des critères de sélection objectifs tels que :


- l'importance de l'université. Si Paris présente la meilleure offre, d'une manière très générale, certaines universités de province recèlent quelques Master 2 remarquables ; partout, il existe des perles à côté d'autres M2 moins reluisants.
- l’ancienneté du Master 2 ainsi que son réseau et son annuaire d’anciens étudiants (existent-ils au moins ?) qui représentent un atout essentiel pour trouver un emploi à la sortie ;
- ses partenariats avec les professionnels ; ceux-ci doivent proposer les stages mais, encore mieux, il peut y avoir un parrainage, des contrats d'apprentissage voire ensuite des conventions CIFRE pour les étudiants qui envisagent une thèse en alternance ; à l'inverse, le M2 où les étudiants doivent trouver eux-mêmes leur stage sans recevoir aucune aide de leurs enseignants est à évitr, sauf cas particulier ;
- le nombre d'heures de cours : un Master 2 "bidon" propose quelques journées de cours dans l'année ou très peu d'heures de cours sur la semaine, avec parfois un alibi hypocrite (vu et entendu dans les commentaires qui accompagnent cet article : "les cours s'interrompent trois mois de mars à mai pour laisser les étudiants rédiger leur mémoire"... ; "les cours sont regroupés sur quelques journées dans l'année" et le responsable n'est jamais là...) ; la vérité est que cet aménagement du temps de cours vise à laisser beaucoup de temps libre au responsable (avocat par ailleurs ou, pire encore, universitaire totalement oisif) ;
- la renommée de son directeur et de son équipe enseignante ; consultez le catalogue de la bibliothèque Cujas sur internet ou la base de données Doctrinal, par exemple, et vous verrez qui publie (des articles ou des ouvrages) et qui n'a jamais pondu une ligne en des années de carrière ;
- le nombre de candidatures reçues (500 pour les meilleurs, à partir de 300 pour les bons), etc. 

 

L’idéal est de pouvoir échanger avec d’anciens étudiants. Un Master 2 dynamique est présent dans des forums, organise un colloque ou un petit-déjeuner. Soyez-y présent afin de prendre des informations et montrer votre motivation.

Un conseil facile à suivre : ne vous auto-censurez pas. Un dossier moyen (c’est-à-dire que chaque année a été obtenue à la première session, sans mention mais pas loin de 12 de moyenne) ouvre accès aux meilleurs Master 2. Le « Master 2 qui ne prend que des étudiants avec mention chaque année », c’est la plus ancienne des légendes universitaires. On ne constituerait pas une promotion de 25 étudiants avec un tel niveau d'exigence. 
Si la sélection se fait sur dossier et sur entretien, vous serez convoqué et aurez toutes vos chances. C’est une opinion très personnelle (tout de même inspirée par 12 années d’observations in vivo) mais beaucoup d’étudiants, parfois avec de bons dossiers, manquent de relief et de personnalité. Leur culture générale et leur curiosité sont au point mort : à ce titre, lisez un quotidien d’actualité sérieux toute l’année pour donner l’impression que vous vivez dans le même monde que nous et que vous n’êtes plus un enfant.


Notez à ce titre que la différence entre un DEA (M2 Recherche) et un DESS (M2 Professionnel) est souvent assez mince. Une infime minorité des étudiants de M2 Recherche se lance dans une thèse (d'ailleurs, la plupart des thèses de droit n'aboutissent pas) et beaucoup de M2 Professionnels laissent les étudiants trouver eux-mêmes leur propre stage. Bien qu'ils n'aient pas accompli de stage, les étudiants qui sortent d'un M2 Recherche peuvent candidater aux mêmes offres d'emploi que leurs homologues de M2 Professionnel. Ces derniers ont simplement plus d'opportunités car ils peuvent avoir accompli leur(s) stage(s) dans une entreprise ou un cabinet qui souhaite les embaucher dans la foulée.

 

7°) L'accès au Master 2 de votre choix n'étant pas garanti ou ne correspondant peut-être pas à votre projet professionnel, vous devez envisager dès à présent (sans attendre d'avoir essuyé tous les refus en juillet ou septembre prochain) les alternatives qui s'offrent aux juristes aux Masters 2. C'est un autre concept fondamental de votre parcours : le "plan B". N'en préparer aucun expose à des difficultés.

L'on songe d'abord aux écoles de commerce membres de la Conférence des grandes écoles (http://www.cge.asso.fr/). Elles sont plus (HEC, Essec, ESCP-EAP...) ou moins prestigieuses et toutes coûteuses (de 6.000 à 12.000 euros de frais d'inscription par an). Elles n'offrent qu'une formation superficielle mais leur "marque" est parfois si réputée et le réseau d'anciens étudiants si développé que leur diplôme constitue un sésame pour la vie professionnelle.

Les diplômes intitulés "Mastère Spécialisé" (MS, non pas un diplôme d'Etat mais une marque déposée de la CGE) permettent aux étudiants en droit d'acquérir en un an (après le Master 1) une formation complémentaire en management dans un domaine spécifique.

Avant cela, vous pouvez intégrer directement une école supérieure de commerce (ESC), sans avoir suivi une classe préparatoire, en passant les concours Passerelle 1 (à bac + 2) ou Passerelle 2 (à bac + 3 ou 4) qui sont des banques d'épreuves communes à 17 ESC. En 2012, Passerelle 2 a permis à 1725 étudiants sur 3451 candidats (48 % avaient une licence) d'intégrer une ESC. Voir : http://www.passerelle-esc.com/. Bien sûr, vous pouvez aussi tenter les concours d'admission directe dans les grandes écoles de commerce (HEC, ESSEC, etc.).


Il y a également les IAE (Instituts d'administration des entreprises : http://www.reseau-iae.org/), au nombre de 31, au sein des universités, dont les plus renommés (Paris 1, Aix-en-Provence...) peuvent rivaliser avec de grandes écoles de commerce et offrent une excellente insertion professionnelle (pour des frais d'inscription symboliques - le tarif universitaire - du moins lorsque l'IAE ne "suggère" pas de s'inscrire en sus à un diplôme d'université à 3 ou 4000 euros). Sur les IAE, http://www.reseau-iae.org/.

De nombreuses écoles de commerce et IAE requièrent le passage du Tage-Maje lors du recrutement (Test d'aptitude aux études de gestion: http://www.tagemage.fr/) ou du IAE Message (http://www.iae-message.fr) voire d'un certain score au TOEIC ou au TOEFL.


8°) Les lycéens n’ont jamais connu d’orientation digne de ce nom. Les conseillers d’orientation de lycées sont débordés et de toute façon incapables de s’acquitter de leur tâche : notamment, qui d’autre qu’un juriste curieux et bien informé peut parler des études de droit et de leurs débouchés ? En outre, ces conseillers ont suivi des études de psychologie, celles qui conduisent le plus sûrement au chômage ou à une activité totalement différente ! Il leur est difficile, dans ces conditions, de donner des leçons.

Par delà cette autre polémique (mille pardons de tenir encore des propos inamicaux), vous devez renouer avec l’orientation qui est la pierre angulaire de votre cursus et un thème passionnant.

Il existe certainement dans votre université un Centre d’information et d’orientation (CIO ou SUIO) bien documentés. Celui de Paris 2 (http://cio.u-paris2.fr) vous propose une abondante documentation dans la salle Autodoc, des offres de stages ou d’emplois, des entretiens.

Le premier responsable de l’échec universitaire, c’est l’étudiant passif qui attend de subir d’amères expériences pour découvrir la réalité qui l’attend. Les parents couvent leurs enfants (je couve les miens de la même façon) et l’université est une bulle soigneusement coupée du monde.

 

Prenez votre destin en mains. Renseignez-vous. Selon le joli slogan de mon ancienne école primaire : « Maintenant, il faut grandir ».



Dans les plus de 3000 commentaires qui suivent, vous trouverez la réponse à des dizaines et des dizaines de questions. Pour accélérer la lecture, vous pouvez ne lire que la réponse (dont j'indique le sujet par un intitulé). Si le sujet vous concerne directement, lisez la question aussi. Mais je vous conseile de prendre les heures nécessaires pour tout lire : cet investissement peut être décisif pour votre avenir.

 

Attention : je ne réponds pas sur le blog aux questions de ce genre :

1) les questions qui ne concernent que vous, sans intérêt pour d'autres étudiants (utilisez pour cela mon adresse électronique ci-contre) ;

2) la question :"Je suis admis dans tel Master 2, qu'est-ce que vous en pensez ?"... J'en pense que vous devez évaluer les Masters 2 selon le "Faisceau d'indices" lors des candidatures et que, si vous êtes accepté(e), cette grille de lecture demeure valable pour choisir.

3) la question : "Que pensez-vous de telle ou telle université ?" (sans plus). Je ne les connais pas toutes... et je garde mes préjugés pour moi. Je me cantonne aux vérités générales qui peuvent vous aider à vous faire votre propre opinion.

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Published by Patrick Morvan - dans À l'usage des étudiants
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commentaires

Pierre 22/10/2017 21:56

Monsieur le professeur,

Après un master 1 en droit des affaires j’aimerais me tourner vers une formation plus pratique et complémentaire pour mieux comprendre l’organisation des entreprises de l’intérieur et appréhender le monde réel en décalage avec l’enseignement théorique des facultés de droit.

Intéressé par les IAE j’ai obtenu une réponse favorable pour un M2 MAE.
Par contre j’ai très peu d’informations sur l’insertion professionnelle, c’est d’ailleurs pointé du doigt par le rapport d’évaluation du Hceres.
Plus exactement il s’agit de l’IAE de Poitiers, à priori l’institut est sérieux et l’enseignement délivré est généraliste en comprenant la palette classique des matières de gestion.

Peut-on se fier d’avantage à un master en IAE qu’en faculté de droit ?
L’offre de formation apparaît moins «étiquetée» dans les instituts, est-ce une impression juste?

Si l’on s’en tient aux données en notre possession le marché du travail en l’état va très certainement arriver à saturation dans le milieu juridique ou assimilé. Il suffit de constater le nombre d’étudiants en droit qui a doublé en 30 ans, la concurrence assumée des écoles de commerce, sciences humaines et politiques, ingénieurs...cette évolution est inévitable.
Sans compter les nouvelles technologies qui vont parvenir à tirer leur épingle du jeu de manière plus remarquée dans les prochaines décennies.

Existe t-il des ouvrages, revues, sites internets, organismes à l’heure actuelle de conseillés pour prendre connaissance des pistes et du devenir du monde de demain pour les juristes ?
Que ce soit au niveau des nouveaux domaines d’études en masters, métiers...

Je vous remercie pour le temps consacré à nous les étudiants, et au monumental travail dans les commentaires

Louis 22/10/2017 15:38

Monsieur,

Une seule question: est-il possible de faire une partie du doctorat à distance? (en ayant des obligations professionnelles ou personnelles à l'étranger par exemple)

Merci pour votre réponse

Guillaume 22/10/2017 13:00

[TEMOIGNAGE SELECTION MASTER 2 CRITERES]

Monsieur,

Je viens d'intégrer un master 2 en affaire dans la plus grande faculté de droit de l'Ouest. Je vous écris pour partager mon expérience quant à la sélection en M2 avec vous, et avec surtout les étudiants présents sur votre blog.
Les témoignages sur ce blog ont été précieux pour moi à l'époque, je souhaite donc rendre la pareille.

J'ai commencé la lecture de votre blog en L2, j'étais à l'époque assez inquiet quant à mon avenir (je le suis toujours).
J'ai validé ma L1, L2, L3 sans redoubler, sans rattrapage, avec une moyenne oscillant chaque année entre 11 et 11,5.
Pour faire bref, tout juste la ligne de flottaison.


En M1 affaire, c'est la débandade. Suite à un souci familial, je passe complètement et pour la 1ère fois de mon cursus à coté de mon semestre. J'accroche le 8.8 de moyenne.
Catastrophique.
Au 2nd semestre je valide à 10.5, avec toutefois des notes de TD élevées (15 et 16).
Au rattrapage de mon S1, je passe de 6 à 15 dans une majeure, et conserve des notes moyennes et catastrophiques dans deux mineures.

Concernant la sélection, dès mon S1 je pense à arrêter le droit. Je m'arroche pourtant.
Pourquoi ? Parce que j'ai passé deux années superbes et stimulantes intellectuellement en L2 et L3, ou je me suis complètement épanoui. Dans certaines matières mes notes de TD sont montées jusqu'à 17 (entre 14 et 17 pour la plupart des TDS), et mes notes en majeures oscillaient entre 11 et 13.
Je précise que dans mon université, ce sont des bonnes notes, qui sans être excellents (hormis pour les TDS), vous placent dans les premiers.

Je décide donc de ne candidater qu'à des masters 2 de droit qui sont orientés sur les matières de L2 et L3 (droit des contrats, responsabilité, droit des sociétés, affaire en général, concurrence), ainsi que des IAEs.
Je suis pris dans les IAEs, et dans quelques masters 2 (avec 8,8 de moyenne au S1 !).
Je décide finalement de poursuivre le droit, et je pense avoir bien choisi puisque les matières m'intéressent bien plus cette année.

Quelles leçons en tirer ?
Le concept de ligne de flottaison est relatif, tout comme les notes.

Dans mon master 2, des candidats avec des moyennes de 12, 13, 14 en M1 ont été refusés, alors que par exemple j'ai été pris avec 8.8, mais aussi d'autres avec des moyennes de 11, 12.
Comment expliquer ma sélection, ou celle des candidats avec des moyennes inférieures ?
Je n'ai pas de vérité à délivrer, mais que des suppositions.

a ) Il me semble d'abord que la qualité du parcours en L1, L2, et L3 est bien plus prise en compte qu'on ne le dit. Il ne faut pas oublier que ce sont ces années qui permettent de doter tout juriste de solides connaissances juridiques, et d'un solide raisonnement (en M1 on ne raisonne quasiment plus).
En effet, ces années, notamment avec les notes de TD permettent de juger le degré d'implication d'un candidat dans ses études, surtout si cette implication est bien régulière (sans redoublement, sans rattrapage).

Pour donner un exemple, je sais que certains masters 2 dont le mien, sont très réticents quant au redoublement des candidats, notamment en L1, L2, L3. Un redoublement, et c'est dehors pour faire simple.
Pourtant, d'autres masters 2 plus prestigieux, tolèrent un ou deux redoublements...

b) Les notes, la sélection locale, la réputation
Une moyenne de 12 ou 13 ne veut rien dire.
Çà démontre juste du travail.
Ce qui compte c'est la manière. Vous avez obtenu 12 ou 13 comment ?
Avec des grosses notes de TD et des grosses notes en majeure ? Ou comme en CM2 avec des mineures ?

Autre point : la sélection locale prend 60 à 70% de la future promo. J'ai été pris parce que j'avais effectué mon parcours antérieur dans cette même faculté, et que les professeurs savent ce que vaut un 11 ou 12 en majeure dans leur université.

Un 12 ne vaut pas un 12 dans une autre faculté.
Il faut arrêter de dire que un 12 à Paris vaut un 12 dans n'importe quelle ville.
C'est parfois le cas, mais c'est aussi parfois faux.
Je connais une faculté plus petite, avec des M2 pro exceptionnels (du niveau de Paris voire mieux dans le secteur de la Banque), qui n'hésitent pas à prendre des gens de ma faculté avec des notes bien inférieures aux gens de leur propres facutlés, quittent à les faire passer devant.
La sélection locale dans ce cas particulier est quasi inexistante.
Pour faire simple, grosso modo, un 10 de moyenne dans mon université en L1 est égal à un 12-13 de moyenne dans cette université.
Au final ce n'est pas important, car les professeurs le savent, et ajustent leur critère de sélection.

c) Ensuite, il ne faut pas négliger la lettre de motivation. Beaucoup d'étudiants candidatent n'importe où sans projet cohérent.
Il faut vraiment travailler cette lettre et être dans une démarche sincère.

d) Je voudrais revenir sur un point : les stages.
Personnellement, je n'ai effectué aucun stage, et pour une bonne partie de mon M2 c'est la même chose. J'imagine que cette phrase en fera ricaner certains, notamment les Parisiens (attention: certains en ont effecuté).
Je pense que cette question des stages est surestimée. Pourquoi ?
Parce que les professeurs ont conscience qu'il est très difficile, voire impossible d'effectuer un stage en L3, M1, dans le milieu juridique sans relation de papa-maman.
J'ai même vu des professeurs avoir un regard critique sur certains de mes camarades qui ont effectué des stages dans des cabinets prestigieux...

A la place de ces stages, j'ai travaillé tous les étés, et parfois quelques semaines dans l'année.
Mon été se résumait à travailler dans la restauration (saison), dans la manutention, avec des grosses semaines, souvent bien au dessus du seuil légal.
J'ai fait ça pour l'argent, mais aussi pour me confronter au monde professionnel, pour développer ma confiance en moi, et pour acquérir de l'expérience.

e) Passer le TOEIC et les notes de TD
Etant bon en anglais j'ai décroché le TOEIC avec plus de 900 sans préparation aucune.
Je voudrais parler de l'importance de l'anglais MEME pour des masters 2 avec une faible perspective international.
En effet, j'ai remarqué que l'anglais est un critère de différenciation très important entre les candidats.
J'irai même plus loin, l'anglais est un vecteur de différenciation sociale et intellectuelle.
Je pense que les professeurs en ont conscience.
Je m'explique.
Empiriquement, j'ai constaté qu'il était rare, notamment en droit, qu'un étudiant doté d'un bon niveau en anglais, soit pauvre intellectuellement, culturellement, et manque de savoir-être et de savoir-vivre.
Bon nombres d'étudiants, et d'étudiants, en M1 ont décroché des 12 ou 13 de moyenne, tout en étant des cruches (ce ne sont clairement pas des lumières).

Je pense qu'il faut dire cette vérité. J'ai effectué une prépa littéraire avant mes études de droit, et clairement si en droit il y a des très bons étudiants (intelligents), il y a aussi une bonne proportion d'étudiants dotés de capacités intellectuelles moindres.
Ces étudiants s'en sortent par le travail, c'est tout à leur honneur, mais ne volent pas haut.

Bon nombre de professeurs ont conscience de ce problème.
C'est d'ailleurs pour ça qu'il faut souligner l'importance des notes de TDS ! C'est un très bon indicateur tout comme l'anglais du niveau intellectuel de l’éleve, et de curiosité intellectuelle.
En effet, la participation, la pertinence des réponses, tout ce qui est hors scolaire fait souvent partie d'une petite bonification.
Typiquement, l'élève lambda en TD décroche des notes moyennes, ne parle jamais, n'est pas intéressé outre mesure par les discussions, et prend en note. Mais il s'en sort bien en partiel.

Je vois encore ce comportement par certains, ou plutôt certaines notamment les filles dans mon M2.

f) Le master 1
Attention au master 1. J'ai détesté cette année. Pauvre intellectuellement, peu d'échanges avec les professeurs.
Cette année est essentiellement scolaire, et il faut vraiment être dans le moule, gommer toute originalité pour cette année (alors qu'elle est valorisée en L2 et L3).
Enfin, il faut faire abstraction des professeurs qui sont malsains d'un point de vue psychologique.
Bref, il faut arrêter de penser que vous allez décrocher un M2 grâce à votre M1. Ce n'est que partiellement vrai.
Le parcours antérieur joue énormément.
Conclusion :

-Il faut un bon dossier dans son ensemble
- multiplier les expériences professionnelles.
Je connais un camarade qui avait effectué des stages dans des cabinets prestigieux. Il savait que c'était un plus, mais que son dossier faisait trop papa-maman. Il me demandait donc comment obtenir des jobs d'été... Cette discussion m'a fait sourir.
C'est complètement dingue qu'on en soit arrivé là, non ?
- travailler l'anglais. Je dirais même que ce n'est pas du travail. Il suffit de lire des livres, des journaux, regardes des séries ou films en anglais.
- être le plus curieux possible. Aimer lire. Aimer la culture. Vous allez alors vous rapprocher de l'anglais, car ça vous donne accès à plus de livres, plus de films, plus de découvertes...
- être passionné.
Je pense que c'est un critère déterminant. En L2 et L3, je l'étais vraiement

caroline 22/10/2017 10:13

Monsieur,

Il semblerait que la L3 soit l'année la plus importante, en terme de résultat afin d'avoir un bon master.
De ce fait, l'hésitation est grande pour partir en Erasmus.
Effectivement, je considère avoir un bon niveau d'anglais académique (et qui ne reflète en rien le fait de savoir véritablement parler et comprendre une langue). Ayant validé ma première année avec une excellente moyenne, j'ai bien peur, si je pars en Erasmus, de prendre considérablement cette moyenne et me retrouver avec un dossier au niveau de la ligne de flottaison (apprendre des notions juridiques dans une autre langue est en soit difficile).

Toutefois, la langue anglaise est d'une très grande utilité dans la vie d'un juriste. Aussi, je ne sais véritablement que faire...Partir et obtenir un très bon niveau, quitte à me fermer des masters ? ou rester en France est garder ce niveau moyen ?

Respectueusement

Marie Bdt 22/10/2017 14:27

Le professeur Morvan te répondra certainement plus objectivement, mais pour ma part mes professeurs de L2 à paris 1 m'ont tous encouragé à partir en Erasmus, sous réserve de travail et de valeur ajoutée (par exemple, validation du TOEFL, TOEIC ou d'un autre niveau de langue). En revanche, je pense qu'un séjour d'un semestre est préférable à une année entière, car ce serait rater un an de matières fondamentales pour la suite.
Cela dépend également des directeurs de Master, les opinions variant beaucoup en fonction de la spécialité (séjour à l'étranger plus valorisé pour un étudiant en droit international par exemple)

Marie Bdt 21/10/2017 19:12

Monsieur le Professeur,

Merci pour cet article clairvoyant. Je suis actuellement en Master 1 droit social à la Sorbonne et je souhaite candidater aux masters 2 « recherche droit social » d’Assas et de Paris 1. J’envisage de poursuivre mes études en thèse car la recherche et l’enseignement m’intéressent particulièrement.
Mon dossier est assez progressif. J’ai commencé ma première année par une prépa ECS à Paris, puis en décembre je me suis ré-orientée à la Sorbonne où j’ai obtenu mon année en un semestre (10,5). J’ai ensuite redoublé ma L2 (peut être à cause de mon manque de base).
À partir de mon redoublement, j’ai commencé à avoir l’idée de la recherche et ce projet m’ a rendu plus rigoureuse. J’ai obtenu ma L2 avec 12 de moyenne. En L3 droit privé, j’ai effectué le premier semestre à la Statale de Milan où j’ai passé le TOEFL (score 82). J’ai validé ma licence avec 14 de moyenne (14,5 à Milan et 13,5 à la Sorbonne).
Au niveau de mes expériences, j’ai effectué un stage dans un cabinet de conseil en fiscalité en L2 (deux mois), et un stage au service juridique de Sanofi en L3 (deux mois). Je suis également éngagée à la clinique juridique de la Sorbonne depuis mon retour d’Italie.

D’après vous, quelles sont mes chances, sous réserves d’un Master 1 réussi, d’être admise dans les masters qui m’intéressent ?

En vous remerciant par avance pour votre réponse,
Respectueusement.